La gendarmerie a fait l'objet d'un récent rapport proposant sa mutation en un service public. Transmis en juillet 2006 au directeur général, Guy Parayre, par le Centre de prospective de la gendarmerie nationale, ce texte est le résultat d'auditions conduites par un groupe d'experts, comprenant des gendarmes, et présidé par le sociologue Sébastian Roché. Sa conclusion : le "contact" reste la forme la plus moderne et la plus efficace de sécurité publique.
Les auteurs proposent de s'adapter à l'évolution démographique et urbaine, en s'inspirant des exemples étrangers, comme le "neighbourhood policing" en Grande-Bretagne. Le repeuplement des villages aux alentours des villes, grandes et moyennes, provoque un déplacement des modes de vie et de la délinquance urbaine. Dès lors, le défi du contact "se joue dans les rues, au téléphone et sur Internet aussi bien qu'entre les murs des gendarmeries", dit le rapport.
Ce contact doit être "pro-actif". La connaissance fine de l'environnement et les relations suivies avec les acteurs de terrain – concierges ou responsables de clubs sportifs – permettraient des avancées : plus de renseignements recueillis, une meilleure répartition des effectifs et coordination avec les municipalités ou les sociétés de sécurité privée.
L'urgence serait grande, notamment à l'égard des habitants des zones urbaines sensibles. "La mauvaise image des forces de sécurité au sein des minorités doit retenir l'attention", souligne le rapport, qui demande des outils de mesure des discriminations policières. Autre piste avancée, la conduite d'une "politique volontaire de recrutement" en direction des minorités, qui "semblent confinées à la sécurité privée." Pour réussir, il faut organiser des "réunions directes avec la population", estime le rapport. Même en situation de crise, elles aident à "dégonfler les problèmes". Il conviendrait aussi de développer des enquêtes de satisfaction, nationales et locales, pour mesurer la qualité de l'accueil, la courtoisie et le professionnalisme du personnel. Selon le rapport, les réclamations de particuliers ont presque quadruplé en quatre ans. Les usagers seraient même représentés dans les comités locaux de pilotage de la lutte contre la délinquance.
Cette politique de contact devrait apparaître dans la formation des gendarmes. Une "école du contact" pourrait voir le jour, à moins que la formation soit intégrée au tronc commun. L'hypothèse d'une spécialisation est envisagée dans "les unités dont les effectifs le permettent". Au cœur de ce projet se trouve la volonté de favoriser la "proximité relationnelle" entre les gendarmes et les citoyens-clients.
L'accueil en gendarmerie ou au téléphone doit s'améliorer, en prenant exemple sur la mutation décidée par des entreprises comme La Poste ou la SNCF. Indiquer, par exemple, le temps d'attente au téléphone et mettre en place des automates. "Cela suppose de développer des contacts électroniques sur place ou à distance (via l'Internet), dit le rapport. Cela permettrait d'alléger les files d'attente, de faire une partie du travail à distance, même si la signature physique apparaît nécessaire pour certains documents en bout de chaîne." L'usage de l'Internet leur permettrait de gagner du temps. Pour des questions administratives, "les informations pourraient être transmises depuis des points-relais publics ou depuis des ordinateurs personnels".
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